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Eloge funèbre prononcé par le vice premier Ministre,ministre de la justice.garde des sceaux,représentant personnel du chef de l'Etat.

ELOGE FUNEBRE PRONONCE PAR LE VICE PREMIER MINISTRE,

MINISTRE DE LA JUSTICE, GARDE DES SCEAUX, REPRESENTANT

PERSONNEL DU CHEF DE L’ETAT,26 juin 2010.

 

  • EXCELLENCES MESDAMES ET MESSIEURS LES MEMBRES DU GOUVERNEMENT
  • MONSIEUR LE GOUVERNEUR DE LA REGION DU SUD
  • HONORABLES DEPUTES A L’ASSEMBLEE NATIONALE
  • MONSIEUR LE MAIRE DE LA COMMUNE DE BIWONG BANE
  • AUTORITES TRADITIONNELLES ET RELIGIEUSES
  • POPULATIONS DE NGOZIP I
  • MEMBRES DE LA FAMILLE EPLOREE
  • MESDAMES, MESSIEURS

 

Une fois encore et en l’espace de quelques mois, la haute Administration de notre pays est  à nouveau frappée et consternée.

En effet,  l’Ambassadeur itinérant le Ministre d’Etat Ferdinand Léopold OYONO a répondu à l’appel irrésistible du destin de tout homme en succombant des suites d’un malaise survenu le 10 juin 2010,

L’humilité que me suggère le mystère de la mort invite à la méditation de cette inscription traditionnelle au bas des cadrans d’horloges solaires : « Vulnerant omnes, ultima necat » entendez ‘’ Toutes blessant, la dernière tue’’. Il s’agit bien sûr des heures, des minutes, des secondes qui passent et qui toutes nous rapprochent de l’échéance ultime : la dernière heure de Ferdinand Léopold OYONO est arrivée.

Je reçois comme un lourd privilège, la douloureuse responsabilité d’adresser à   Madame Cécile OYONO, aux enfants et à toute la famille OYONO, les sincères condoléances et la sympathie émue de Monsieur le Président de la République,  Son Excellence Paul BIYA que j’ai l’insigne honneur de représenter ici.

Qu’il me soit permis, en Son nom, de dire à vous tous qui êtes venus accompagner l’illustre disparu à sa dernière demeure, la profonde appréciation du Gouvernement tout entier pour cette marque de sympathie et cet ultime réconfort.

Je sais que vos larmes ne sont ni vaines, ni forcées depuis l’annonce ce 10 juin 2010 du décès de l’Ambassadeur itinérant Ferdinand Léopold OYONO dont voici un bref aperçu de la biographie et de l’état des services rendus.

Ferdinand Léopold OYONO est né à N’Goulemakong près d’Ebolowa le 14 septembre 1929. Inscrit à l’école officielle régionale d’Ebolowa, il en sort en 1944, nanti de son certificat d’études primaires élémentaires après avoir été classé 2ème du centre d’Ebolowa.

 

Cet heureux événement apporte un grand bonheur à toute la contrée et en particulier à son père qui apprend la nouvelle dans le journal.

Le jeune OYONO qui n’entend pas s’arrêter en si bon chemin intégrera la  section administrative de l’Ecole Primaire Supérieure de Yaoundé en 1945. Transféré au Lycée de Nkongsamba, comme bon  nombre de diplômés de l’Ecole Supérieure de Yaoundé, il obtient le diplôme de Brevet d’Etudes du premier Cycle (BEPC). Son père s’impose alors le  lourd sacrifice de l’envoyer continuer ses études en France à ses frais, une initiative assez rare à cette époque. Il est ainsi admis au Lycée de Provins en France où il obtient son baccalauréat en 1954.

Il ira ensuite à Paris poursuivre ses études à la Faculté de Droit et de Sciences Economiques à la Sorbonne, sanctionnée par l’obtention d’une licence en droit obtenue en 1957. Il parachève ce parcours à la prestigieuse Ecole Nationale d’Administration (ENA), section diplomatie dont il est également diplômé. Au même moment, il  utilise ses instants de loisir pour écrire et dénoncer, dans une ironie subtile, les travers de la colonisation. C’est dans cette mouvance qu’il écrira " Une vie de boy", "le Vieux Nègre et la Médaille" qui resteront des classiques de la littérature négro africaine et "Chemin d’Europe".

 Ses prises de position anticoloniales feront sa renommée et contribueront à forger une conscience noire,  engagée dans une bataille pour se défaire des préjugés négatifs dont elle a été indexée par le colonisateur. Il compte à ce moment-là parmi ses proches et amis, l’écrivain guinéen Camara Laye et ses compatriotes Mongo Beti, François Sengat Kuo et William Aurélien Eteki Mboumoua.

En 1959, il débute une brillante carrière de diplomate.

Son initiation à la diplomatie commence en effet par un stage de formation de six mois entre 1958 et 1959, au ministère français des Affaires étrangères à Paris et dans les missions diplomatiques françaises à l’étranger, notamment au Consulat Général à Gênes, puis à l’Ambassade en Italie.

Après ces stages, Ferdinand Léopold OYONO assumera ses premières fonctions au Cameroun comme chef de service des Etudes au Ministères des Affaires étrangères.

Ses qualités professionnelles et humaines sont rapidement remarquées et appréciées par sa hiérarchie qui le propose à des fonctions qui lui permettront désormais d’affirmer son leadership et sa clairvoyance dans son domaine de prédilection.

Commence alors une riche carrière au cours de laquelle il occupera régulièrement de hautes fonctions de responsabilité. 

 

Ainsi, il sera tour à tour Ministre Plénipotentiaire auprès de la Communauté Economique Européenne à Bruxelles, Ambassadeur du Cameroun au Libéria, membre de la  délégation du Cameroun au sommet constitutif de l’OUA en 1963, Ambassadeur du Cameroun en Belgique et auprès des pays du Benelux, en France,  en Algérie, Représentant permanent du Cameroun aux Nations unies  de 1974 à 1982, période au cours de laquelle il assumera les fonctions de Vice président du Conseil de sécurité de l’ONU, Vice président de l’Assemblée Générale des Nations Unies, Président du Conseil d’Administration de l’UNICEF puis, en 1984, Ambassadeur du Cameroun en Grande Bretagne et auprès des Pays Scandinaves.

Dès 1985,  cette riche carrière diplomatique cède la place à un brillant parcours dans le gouvernement.

En effet, il est rappelé en 1985 pour occuper, dans  un contexte de mutations politiques importantes au Cameroun, le poste éminemment sensible de  secrétaire Général de la Présidence de la République qu’il garde jusqu’en 1986, avant d’être promu tour à tour Ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Ministre des Relations Extérieures et enfin Ministre d’Etat chargé de la Culture, poste qu’il gardera pendant 10 ans. Il quitte le Gouvernement le 7 septembre 2007 après avoir marqué d’une empreinte indélébile les charges occupées. Depuis, 2009, il servait aux côtés du Chef de l’Etat en qualité d’Ambassadeur itinérant.

 

 

EXCELLENCES MESDAMES ET MESSIEURS

 

            De Ferdinand Léopold OYONO homme de lettres et de culture, de Ferdinand Léopold OYONO l’humaniste, de Ferdinand Léopold OYONO époux et parent, des voix plus avisées que la mienne se sont exprimées, dès les premières heures de l’annonce de son décès.

            Permettez-moi plutôt de relever quelques uns des nombreux faits marquant du passage de cet illustre compatriote, d’abord  au MINISTERE DES RELATIONS EXTERIEURES, ensuite au MINISTERE DE LA CULTURE.

            En effet, durant le passage de Ferdinand Léopold OYONO à la  tête MINISTERE DES RELATIONS EXTERIEURES, la diplomatie camerounaise, placée sous le triptyque du rayonnement, de la présence et de la participation, s’est  montrée dynamique et imaginative,  ce qui lui a permis de relever nombre de défis.

 

            Au rang de ces défis, on peut évoquer l’organisation du sommet de l’OUA à Yaoundé en 1996, un événement que le Cameroun n’avait jamais abrité, quoi qu’étant membre fondateur de l’organisation.

            Au rang des faits marquants du Passage de Ferdinand Léopold OYONO au MINISTERE DES RELATIONS EXTERIEURES, qu’il me soit  également permis de rappeler pour la postérité que c’est le 16 août 1995 que le Cameroun est admis comme pays membre du Commonwealth, après son admission en 1991 dans la Francophonie au sommet de Chaillot en France.

            Je ne saurais par ailleurs occulter le rôle déterminant joué par le défunt dans le dénouement du conflit frontalier ayant opposé notre pays au Nigeria à propos de la Péninsule de Bakassi.

            En effet, de 1992 à 1997, Ferdinand Léopold OYONO assume l’une des plus lourdes tâches de sa carrière à savoir : coordonner sous la haute Autorité du Chef de l’Etat les affaires diplomatiques du Cameroun dans un contexte de renaissance démocratique interne et de conflit dégénérant avec notre voisin de l’ouest.

            Alors que les relations avec les autres partenaires bilatéraux connaissent un dynamisme sans cesse renouvelé dans l’intérêt mutuel, les liens traditionnellement pacifiques avec le Nigeria sont brutalement entrés dans une phase de grandes turbulences avec l’occupation de la péninsule camerounaise de Bakassi par les forces armées de ce Pays en décembre 1993.

            En sa  qualité de Ministre des Relations Extérieures, Ferdinand Léopold OYONO a été en première ligne dans la recherche d’une solution durable à ce litige, appliquant résolument les directives du Chef de l’Etat consistant à  maintenir à tout prix l’intégrité territoriale du Cameroun sans alterner la qualité de nos relations habituellement amicales avec le Nigeria.

            C’est donc avec beaucoup de tact, de rigueur et de dialogue qu’il a su mener ce dossier en l’engageant successivement auprès du conseil de sécurité des Nations Unies, du mécanisme de prévention, de gestion et de règlements des conflits de l’OUA et de la C.I.J, avant de passer le témoin au Ministre de la Justice qui se chargera d’en continuer le suivi comme Agent du Cameroun auprès de la C.I.J.

            Optimiste, même lorsque tout espoir semblait compromis Ferdinand Léopold OYONO n’a jamais désespéré.

            Comment ne pas reconnaître à présent qu’il a été aux côtés du Chef de l’Etat, son Excellence Paul BIYA dont personne n’ignore les liens d’amitié avec le disparu, l’un des artisans discrets mais oh combien efficaces de l’heureux aboutissement que la communauté internationale a salué comme un modèle unique de règlement pacifique des  différends entre Etats ?

Comme Ministre d’Etat en charge de la Culture, poste qui lui allait comme un gant, je puis simplement dire que ses dix années passées à la tête de ce Département ministériel ont surtout été marquées par les réformes qu’il a impulsées dans le secteur des droits d’auteur.

            Ces réformes ont notamment abouti à la création de quatre sociétés : La Cameroon Music Corporation (CMC), la Société Civile des Droits de la Littérature et des Arts Dramatiques (SOCILADRA), la Société Civile de droit d’auteur et droits voisins, des arts plastiques et graphiques (SOCADAP), la Société civile des arts audiovisuels et photographiques (SCAAP).

 

EXCELLENCES MESDAMES ET MESSIEURS

 

             Un nationaliste est parti. Un homme multi dimensionnel au parcours dense, brillant et exceptionnel vient de nous quitter, laissant derrière lui, un immense héritage.

            Je n’exagère pas en affirmant que c’est une bibliothèque contenant une part irremplaçable de notre histoire commune qui vient de partir en fumée, un homme d’une très grande culture qui parlait de l’histoire, de la philosophie et de la politique.

            Fonctionnaire fidèle et désintéressé, Ferdinand Léopold OYONO l’aura été jusqu’à la dernière minute de sa vie, dédaignant l’ambition démesurée pour se consacrer entièrement au service de l’Etat et de son Chef… Une espèce malheureusement en voie de disparition !

            Je garde personnellement de lui,  le souvenir d’un homme qui avait une profonde horreur de l’injustice. C’est pourquoi il n’a jamais œuvré que pour construire, disant ce qu’il faisait et faisant ce qu’il disait, sans forcément chercher à plaire.

            Sans aucun goût pour l’ostentation, Ferdinand Léopold OYONO a, au contraire, cultivé rigueur et austérité, au-delà de sa mise particulièrement soignée et ses manières raffinées. Cette rigueur qui frisait parfois la rigidité, savamment enrobée dans un humour féroce immortalisé dans "Le Vieux Nègre et la médaille" et  un talent oratoire rarement égalé.

            De l’avis de tous ceux qui l’ont côtoyé,  Ferdinand Léopold OYONO savait donner à l’autre l’impression qu’il est la seule personne qui compte pour lui mais il avait horreur de la médiocrité.

            On ne lui connaissait que  des loisirs de sages : lecture, notamment de grands philosophes, écritures et suivi de l’actualité nationale et internationale.

            L’ancien Représentant Permanent du Cameroun aux Nations Unies, l’un des témoins vivants des négociations de l’indépendance du Cameroun à l’ONU est mort… comme un symbole, le jour même de la visite du Secrétaire Général de l’Organisation des Nations au Cameroun. C’était la dernière sortie officielle de l’Ambassadeur itinérant, après celles effectuées dans le cadre des manifestations marquant la célébration des cinquantenaires de l’indépendance et de la réunification du Cameroun :

            On se souviendra en effet que l’Ambassadeur OYONO a présidé en tant  Représentant personnel du Chef de l’Etat, le gala culturel du vendredi 14 mai 2010 au Palais Polyvalent des Sports  de Yaoundé. On se  souviendra aussi qu’il avait joué un rôle important à la Conférence Internationale de Yaoundé Africa 21 ù il a présidé l’atelier traitant du renforcement de l’intégration économique de l’Afrique.

 

Aux grands hommes, la patrie reconnaissante :

 

            Ferdinand Léopold OYONO a  été honoré de la prestigieuse distinction de Grand Officier de l’Ordre Nationale de la Valeur.

            Son parcours personnel et professionnel lui a  aussi valu de nombreuses distinctions honorifiques étrangères dont celle de Grand Officier de la légion d’Honneur Française ou encore celle de Cordon de l’Ordre de Léopold 1er en Belgique.

            Il a été classé parmi les meilleurs écrivains du 20éme siècle, une reconnaissance universelle dont le Cameroun et l’Afrique toute entière tirent une légitime fierté.

            Vous l’aurez compris, c’est un Patriote dévoué à la cause nationale, discret et généreux qui tire sa révérence, après avoir servi le pays au plus haut niveau pendant plus de 50 ans.

 

Excellences,  Mesdames Messieurs,

 

·         Si la famille OYONO pleure un époux et un père attentionné,

·         Si les populations de N’GOULEMAKONG et de BIWONG BANE pleurent un digne fils et un frère,

·         Si le Département de  la Mvila et la Région du Sud pleurent une de leurs élites les plus emblématiques,

·         Le Cameroun perd en la personne de Ferdinand Léopold OYONO, un éminent compatriote, un haut commis de l’Etat dont l’engagement au service de son pays s’est exprimé avec une abnégation exceptionnelle et un sens des responsabilités rarement pris en défaut, le tout fondé sur la très haute idée qu’il se faisait du Cameroun.

Ainsi,  nombreux sont ceux qui voient en la disparition de Ferdinand Léopold OYONO, à la suite de celle de plusieurs autres grands Commis, l’extinction progressive d’une génération de bâtisseurs, la perte d’une icône, n’ayant pour seule ambition que le service de l’Etat, et plaçant au dessus de tout autre  intérêt, l’intérêt général, l’un de ceux  qui ont posé les fondements de l’Etat du Cameroun et sont restés, à travers les générations et les mutations sociales, constants et fidèles aux principes fondateurs de la Nation.

 

      Alfred de Vigny a dit « A voir ce que l’on fut sur terre et ce qu’on laisse, Seul le Silence est grand ; tout le reste faiblesse. » alors, nous pouvons affirmer sans risque de nous tromper, au regard des témoignages unanimes qui ont été entendus aujourd’hui, que l’Ambassadeur OYONO a su donner un sens et de la valeur à sa vie.

 

 

EXCELLENCE, MESDAMES, MESSIEURS

 

            Un Haut commis de l’Etat quitte la scène, après avoir rempli sa mission et montré le chemin à suivre.

            A cet instant fatidique des adieux, mes pensées vont une nouvelle fois à la  famille OYONO dont je mesure l’ampleur du chagrin et l’étendue du vide qui l’entoure soudain.

            A vous, je suggère cette réflexion de William Shakespeare : «  L’esprit oublie toutes les souffrances quand le chagrin a des compagnons et que l’amitié le console. » Vous n’êtes pas seuls !

            Pour paraphraser encore Alfred de Vigny, votre époux, votre père, votre frère est parti dans la dignité, sans gémir, comme pour faire écho à Jean de la Fontaine qui pense que : «la mort ne surprend point le sage : il est toujours prêt à partir. »

            A nous tous, j’invite plutôt à la méditation de cette sagesse bien de chez nous, qui nous appelle à travailler pour ce monde comme si nous n’en partirions jamais et penser à l’autre monde comme si nous y serions appelés à tout moment.

            Aux vaillantes populations de la Région du Sud, je renouvelle l’assurance de la sollicitude et de la  Sympathie de Monsieur le Président de la République en cette circonstance douloureuse.

            A vous Excellence, Monsieur le Ministre d’Etat, Monsieur l’Ambassadeur ici couché,  je dis enfin : ce qui fait notre grandeur devant l’implacable échéance de la mort, c’est notre capacité à considérer comme jean Henri Fabre que : «Tout doit rentrer dans le creuset rénovateur où la mort verse continuellement de la matière pour la continuelle floraison de la vie. »

 

            Pour vous, tout est rentré dans l’ordre normal des choses. Allez sans regrets car vous avez laissé votre marque dans votre entourage, dans votre pays et pourquoi pas dans l’univers tout entier !

 

            Puisse le Dieu Tout Puissant, dans sa miséricorde infinie,  vous assurer le repos éternel dans la  félicité.

 

JE VOUS REMERCIE DE VOTRE BIEN AIMABLE ATTENTION

 

 

 


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