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Lettre à Degaulle

Mr le Président,

J'ai l'honneur de vous informer que j'ai été victime d'une agression de caractère raciste dans les conditions suivantes:

 

Jeudi 30 Avril (1959) vers minuit en compagnie d'une jeune fille blanche je fus brusquement assailli Carrefour de l'Odéon par une vingtaine de jeunes gens en blousons de cuir et armés de matraques, de couteaux, qui nous chargèrent aux cris de "un nègre et une blanche, ça se fait pas.!

 

Bousculés, séparés, ma compagne fut insultée, renversée, piétinée, rossée. Je parvins néanmoins à la dégager sous la pluie de coups que nous recevions. J'avais du perdre connaissance, car je réalisai que j'étais à terre et délesté de mon porte-document contenant une somme de 15 000 francs, un livre de science économique, un stylo, une lettre familiale portant mon adresse. Je recherchai ma compagne qui se trouvait réfugiée dans un café où elle téléphonait à la police.

 

Apercevant nos agresseurs qui s'enfuyaient vers St Germain des Prés tout en proférant à mon adresse et à celle de tous les nègres des menaces de mort, je me mis à leur poursuite dans l'espoir de rencontrer un agent; me je fus à nouveau cerné, matraqué, poussé contre une vitrine de librairie qui vola en éclat. Continuant ma course, toujours dans l'espoir de rencontrer l'aide de la police, j'arrivai à proximité du groupe qui se disloqua Carrefour de St Germain des Prés et put voir quelques uns de mes agresseurs se réfugier au Café Royal St Germain des Prés où je pénétrai aussitôt après avoir arrêté un car de police qui passait. 4 de mes agresseurs furent arrêtés.

 

 Conduit au commissariat, je relatai les faits ci-dessus exprimés, insistant pour que tous mes agresseurs fussent retrouvés. Mais la police constatant ma blessure : coup de couteau dans la région lombaire qui avait traversé mes vêtements et provoqué une hémorragie, me conduisit à l'Hôpital Laennec où l'on diagnostiqua aussi des éclatements du cuir chevelu, et un traumatisme crânien (radioscopie du crâne). Je fus maintenu en observation durant quatre jours. A ma sortie j'ai porté plainte, et grande est ma surprise que mes agresseurs eussent été relâchés après une tentative de meurtre ! J'ai appris depuis, que certaines personnes qui avaient assisté aux scènes étaient venues spontanément témoigner en ma faveur bien que la foule nombreuse qui nous entourait fût demeurée indifférente à nos appels au secours.

 

Il est regrettable qu'un tel incident se produise à l'heure de la "Communauté Franco-africaine ". Je crains qu'il ne concrétise ce malaise que certains d'entre nous ressentions depuis quelque temps. Je souhaite qu'il n'y ait là qu'un cas isolé, un malheureux précédent, sans incidence pour l'avenir et qui ne pourra nullement entacher la grande amitié Franco-africaine à laquelle nous croyons, nous, Africains, sincèrement.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de mon profond respect.

 

Commentaire: les faits sont à placer dans le contexte de la guerre d'Algérie, les quatre jeunes arrêtés étaient des appelés en partance pour l'Algérie. C'est ce qui nous a été dit pour expliquer la relaxe.

 


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