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Témoignage de Jean Paul OYONO

Si l'on choisit son incarnation terrestre, la première chose qui me vient à l'esprit lorsque je pense à toi est la puissance de la tienne. Tant par ton magnétisme que par cette trajectoire de vie extraordinaire.

 

De ta naissance à ta mort, comme poussé par un destin céleste, tu voulais être  au service des hommes, de la justice et du progrès. 

 

Tes romans en sont le reflet: Un rythme court, précis et coupant comme une lame, étaient l'outil parfait pour dénoncer le crime de la colonisation. 

 

C'est bien ici et parmi nous que tu as choisi de naître, fier de cet héritage dont tu brûlais de faire briller l'étendard aux quatre coins du monde. Ton parcours de vie était décidé et volontaire à l'image de ce jeune homme de 27 ans qui a su parfaitement défaire les contours clairs et obscurs de la "grande mission civilisatrice". Tu avais du cœur et du courage.

 

La cause était juste et noble. Au bon endroit et au bon moment, tu étais idéalement placé pour y contribuer de toute ta personne. Certains signes ne trompent pas. 

 

Passionné, exégète et habile  de ces principes universels qui élèvent l'esprit. Mon père, tu étais un être inspiré, éveillé  et courageux.

Tu as rarement douté et inlassablement tu affûtais une palette d'un arc en ciel de talents et tu savais en faire, bon usage. 

 

Ta pensée et ta sensibilité étaient profondes, ta passion pour la vie toujours étincelante malgré des coups terribles, que tu as su encaisser avec philosophie et abnégation. Jamais tu n'as abandonné l'idée d'une humanité unie et heureuse. Ton cynisme apparent était autant une défense que ta discrétion une pudeur.

 

Dans le tourbillon de la vie tu savais rire de tout et de rien. Hauts étaient les espoirs que tu plaçais en l'homme. Ton regard brillait lorsque tu invoquais ton pays et inlassablement tu voulais servir. Le devoir, toujours le devoir.

 

Sage et observateur, tu savais vivre le moment présent et ton esprit savait dire "aujourd'hui me suffit" sans renier le passé ni romancer l'avenir. Tu avais une conscience entière, qui n'était pas  seulement individuelle mais aussi collective. Il n'y avait pas de toi séparé de l'idéal pour l'autre. Tu comprenais l'universel. 

 

Tu voulais ouvrir une voie et tu fis don de ton rayonnement sans compter, à une nation qui naissait. Même blessé dans ta chair, tu continuais. Tu avais l'intelligence clairvoyante et construite. Tes réflexions, mûrement réfléchis,  tu les appuyais sur une montagne de travail, savamment cultivée. Te souviens-tu seulement combien d'ouvrages tu parcourus? Là était ton humilité.

 

Tu aimais la vie et elle te le rendait bien. Tu comprenais sa fragilité et qu'elle s'inscrit dans la discontinuité. La vie et la mort ne font qu'un, ça tu ne le savais que trop bien. 

 

Tu as su veiller sur nous avec détachement et bienveillance. Les êtres de ta dimension ne sont pas fait pour vivre une vie dans l'exiguïté rassurante du cocon familial, alors va  sans reproche.           

 

Tu as toujours dérangé les vils et les méchants. Mais peu importe: leurs existences n'auront eu un sens que parce qu'elles t'ont côtoyé, et l'histoire contrairement à toi, ne retiendra rien d'eux.

 

Alors va en paix, cette élévation finale nous a brisé le cœur, mais ça tu n'y peux rien, alors va vers la lumière et ne te retourne pas.

 

Merci pour ce bout de chemin avec toi. Nous qui te connaissons plus que quiconque nous t'aimons. Merci pour ta profondeur et ta présence, merci pour cette vie que tu nous as donnée. Merci d'avoir été notre papa. Merci parce qu'on ne te l'a pas assez dit, alors salut l'artiste et laisse moi, t'applaudir une dernière fois. Cher papa.

 

Jean Paul  OYONO

 

 


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