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Une permanence à l’ONU (1960-1961) (1974-1982)
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Une permanence à l’ONU (1960-1961) (1974-1982)
Le problème Congolais
Le dossier de la réunification du Cameroun anglophone
La question de l'Apartheid
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Après les stages passés au Ministère des Affaires Etrangères de la France de 1958 à 1959, et son passage à l'ENA de Paris,p F.L.OYONO  peut se prévaloir de la formation de diplomate. Il assume ses premières fonctions au Cameroun comme Chef de service des études au ministère des affaires étrangères. Au cours de ces fonctions il sera délégué aux Nations Unies de 1960 à 1961, avant d'être nommé plus tard en 1974, comme Représentant Permanent du Cameroun.

a)-Ferdinand Léopold Oyono : Le Délégué permanent du Cameroun aux Nations-Unies

1- (1960 -1961) Après l'accession du Cameroun à l'indépendance le 1er janvier 1960, Ahmadou AHIDJO devient le premier Président de cette jeune République quelques mois après. Cependant, le pays traverse toujours un climat d'insécurité dans certaines grandes villes, par exemple Douala, Bafoussam, Nkongsamba.... Cette situation délicate ne prive pas le Président AHIDJO, courageux et dévoué à affirmer, à légitimer et à rendre autonome son pouvoir qui est contesté de l'intérieur comme de l'extérieur .

Le 20 septembre 1960, le Cameroun est admis aux Nations-Unies  .les débats politiques et économiques s’y tiennent régulièrement dans le souci de solutionner ou d'améliorer le climat interne des Etats ainsi que les tensions qui pourraient exister en leur sein. C'est donc aux Nations-Unies le 22 novembre 1960 que Ferdinand OYONO, jeune diplomate est nommé par décret présidentiel, délégué permanent du Cameroun auprès de l'ONU. Sur la table des Nations-Unies, Ferdinand OYONO a des dossiers brûlants, la question Congo, la question du référendum du Cameroun anglophone, et la question de l'Apartheid.

-Le problème Congolais.


Le problème congolais peut se présenter comme une des conséquences de la guerre froide en Afrique. Dans ce pays d'Afrique au sous sol potentiellement riche, s'affrontent au travers des nationalistes congolais, les puissances de l'Est et de l'Ouest. Après moult turbulences, l'affaire est portée à l'O.N.U dès le 11juillet 1960. Dans cette crise on a d'un côté le chef du gouvernement, Patrice Lumumba, soutenu par la tendance de l'Est ; de l'autre, le bloc occidental et l'ONU qui reconnaissent le gouvernement de Léopoldville. Le Cameroun qui sort peu à peu d'une rébellion encouragée par les prolumumbistes, participe aux travaux, et est représenté par le nouveau diplomate Ferdinand Léopold OYONO. Conscient de la volonté des Africains de se libérer de l'oppression et de s'affirmer sur le plan international, Ferdinand OYONO va fustiger la politique du bloc de l'Est, menée par l'URSS en Afrique.

En effet, au cours de la session ordinaire de l'Assemblée Générale des Nations-Unies tenue le 12 décembre 1960, le délégué camerounais s'élève contre la procédure invoquée par l'Union soviétique et les démocraties populaires, qui tend à rouvrir le débat sur le Congo alors que l'affaire a été suspendue par l'Assemblée générale. Sa réflexion est la suivante `' ... L'Union Soviétique ne comprendra jamais que l'Afrique ne veut pas servir de terrain à la guerre froide ... `'

OYONO va poursuivre son intervention au cours de ces travaux en prenant le parti du Président Congolais; à la suite de la déclaration soviétique porteuse de mépris à l'endroit de ce dernier, il déclare que :

`' ... malgré l'estime que je porte au bloc neutraliste, il est à craindre que celui-ci ne soit bientôt neutralisé `' et que `'...le Président KASAVUBU est le seul pionnier de l'indépendance du Congo, celui-ci ne saurait être traité de laquais... le Congo n'a pas besoin de caution étrangère pour exister ... `' .Cette importante déclaration du délégué camerounais aux Nations-Unies a permis en outre de comprendre que les quelques semaines d'assistance soviétique au Congo étaient favorables à Lumumba.

Il y a lieu de rappeler qu’ au moment où le  Délégué Camerounais présente la position camerounaise à la communauté internationale, le Cameroun sort peu à peu d'une rébellion menée par l'UPC principal parti d'opposition dont le nationalisme est encouragé par les pays de l'Est; pour le gouvernement Camerounais, il ne pouvait être question de soutenir toute action nationaliste.

Au cour de la même session, le représentant du Cameroun a rejeté  le projet de remplacement du Secrétaire général de l'ONU par un triumvirat proposé par l'Union soviétique :

`'... Nous n'acceptons pas non plus les coups de chaussures sur la table, ni les injures du chef de la délégation soviétique...''

Après avoir rappelé l'appui total de son gouvernement aux mesures prises par le Secrétaire Général des Nations-Unies au Congo, Ferdinand OYONO a terminé en mettant en garde le Conseil de sécurité contre d'éventuelles tentatives d'ingérence soviétique en Afrique : `'...dans un an ou deux, ou dans un mois ou deux... `'. Entre temps en Afrique, des conférences réunissant les pays d'expression française se multiplient avec pour finalité d'asseoir un groupe qui permettrait de renforcer la coopération politique et économique entre nations. Le 20 décembre 1960, le climat d'instabilité politique et sociale qui règne au Congo ne laisse pas les nations indifférentes. Aux Nations-Unies, les propositions visant à solutionner le problème congolais ne manquent pas. A la suite des interventions de M. Dato Nik Ahmed, Délégué de la Malaisie, M. Dag Hammarskjöld, Secrétaire général de l'ONU affirme le contraire :

`' ... L'ONU ne saurait recourir à la force pour influencer des litiges politiques intérieurs du Congo et ne doit pas dépasser son rôle consultatif... et ne pourrait en aucun cas s'interposer entre les parties dans une guerre civile au Congo... `'

Aux côtés également de M. Koça Popovic, Ministre des Affaires étrangères de Yougoslavie, le délégué du Cameroun, M. Ferdinand OYONO reproche au représentant de l'Inde, M. Khrishma Menon, d'avoir dans un texte de trente deux pages, traité du problème du Congo à la légère. Il demande si `'... tout ce que les Congolais posent comme actes est entaché d'irrégularités... `'

Dans le style qu'on lui reconnaît, Ferdinand OYONO s'éleva contre les insultes proférées à l'endroit du Président Kasavubu et estima que l'Assemblée générale devait clore le débat sur le Congo sans adopter de résolution car, dit-il :

`'... Les Nations-Unies n'ont rien à faire dans les affaires intérieures du Congo... `'.

Le diplomate camerounais a fait valoir que certains pays voudraient faire du Congo une sorte de colonie de l'ONU. Suite à l'intervention de M. Valerian Zorine, Chef de la délégation Soviétique, qui s'est livré à une vive attaque contre les occidentaux qualifiés d'hypocrites et de la manipulation des Etats-Unis, M. OYONO propose que :

`'.. L'on permette au Congo de panser les plaies que lui a causées son indépendance...» .

S'il est vrai que l'attitude et les prises de positions de Ferdinand OYONO fustigent le système en place à l'ONU ainsi que la politique du gouvernement soviétique, il faut dire qu'il ne s'agit pas d'une initiative personnelle mais celle du gouvernement Camerounais. En effet, au cours des années soixante le Cameroun fait partie du groupe des modérés; composé pour la plus part d'anciens membres du groupe de Brazzaville dont les prises de position sont concertées d'avance et appréciées en grande partie par le « parrain » dudit groupe qu'est la France. Ce groupe prône l'accès à l'indépendance tout en maintenant une coopération avec la métropole. Cette politique n'est pas appréciée par Patrice LUMUMBA qui, après l'accession du Congo à l'indépendance veut rompre tout lien avec la métropole.

C'est ainsi, par exemple que trois mois avant les déclarations de M. OYONO aux Nations Unies en décembre 1960, l'ambassadeur de France au Congo, M. Charpentier remit aux ministres congolais un don de cinquante tonnes de manioc, vingt cinq tonnes de riz et trois tonnes de lait. Côté Camerounais, on procéda une semaine après le geste de la France, à l'établissement d'un pont aérien avec le Congo auquel était destiné une cinquantaine de tonnes de riz et de viande frigorifiée. Le geste d'assistance permet au gouvernement camerounais délégué à Léopoldville M. Jean Ekwabi, ministre de l'Education nationale, d’organiser l'aide au Congo et rencontrer le Président Joseph Kasavubu .

Plus tard, à la veille de la réunion du conseil de sécurité sur le Congo, le Président du Libéria S.E. William Tubman va déclarer que :

`' ... Si M. LUMUMBA se trouvait en désaccord avec M. Hammarskjöld, il aurait dû le faire connaître par voie diplomatique ; nous devrions faire face au Premier Ministre LUMUMBA qu'il nous est difficile d'appuyer ses attaques contre le Secrétaire général des Nations-Unies dans la forme où elles ont été lancées... `'

Ce débat sur le Congo s'est achevé sans qu'aucune résolution ait été adoptée comme le proposait le délégué du Cameroun, excepté un projet autrichien suggérant que le problème figure à l'ordre du jour de la session de mars 1961.L'année 1961 correspond au retour de Ferdinand OYONO au Cameroun il est nommé chef du Service des études au Ministère des Affaires étrangères ;mais aussi à la naissance de l'organisation africaine et malgache de coopération économique entre pays modérés (OAMCE).L'expérience acquise à New York par Ferdinand OYONO ne va pas laisser le chef de l'Etat camerounais indifférent. Il fait de nouveau appel à lui dans la gestion d'un autre dossier en voie de ternir l'image de marque du Cameroun sur la scène internationale : la question de la réunification du Cameroun anglophone.

- Le dossier de la réunification du Cameroun anglophone


 

Au cours de la session de l'Assemblée générale des Nations Unies qui se tient en mars 1959, des réflexions sont menées dans le but de restaurer l'unité dans la partie du Cameroun sous tutelle Britannique, qui est divisée en deux : le Cameroun septentrional (Northern Cameroons) et le Cameroun méridional (Southern Cameroons). Bien que le Northern Cameroons soit rattaché au Nigeria et administré comme une partie intégrante de cette fédération, les populations de ces deux régions vivent séparées du reste du Cameroun. Ainsi pour connaître le désir des populations sur leur avenir, le Commissaire aux plébiscites et le conseil de tutelle recommandent l'Assemblée générale des Nations Unies à voter la résolution 1473 (XIV) le 12 décembre 1959. Celle-ci recommande l'organisation d'un plébiscite au Cameroun septentrional entre le 30 septembre 1960 et le 30 mars 1961 sur la base de deux questions :

`' Désirez-vous accéder à l'indépendance en vous unissant à la République camerounaise indépendante ? `'

ou

`' Désirez-vous accéder à l'indépendance en vous unissant à la Fédération nigériane indépendante ? `'

Il en est de même au Cameroun méridional où la résolution 1352 (XIV)du 16 octobre 1959 de l'Assemblée Générale de l'ONU fixe la date du plébiscite entre le 30 septembre 1960 et le 30 mars 1961.

       L'organisation de ces plébiscites était de savoir si les populations désiraient réintégrer le Cameroun ou se rattacher au Nigeria. Ces plébiscites eurent lieu les 11 et 12 février 1961 avec les résultats suivants : Cameroun méridional 70,49% des votants choisirent le rattachement du territoire au Cameroun francophone indépendant et 29,50% pour le rattachement à la Fédération nigériane. Tandis que dans la partie septentrionale 40,03% choisirent le rattachement à la République camerounaise et 59,97% la solution de l'union à la Fédération nigériane

      La contribution de Ferdinand Léopold OYONO compte également sur cette .question de la réunification du Cameroun anglophone. En effet, le 18 mars 1961, aux côtés du Dr Marcel Bebey EYIDI, Député du Parti Travailliste, le fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères se rend en mission auprès des Chefs d'Etat du Ghana, de la Guinée, du Mali et du Maroc. Le problème du référendum au Northern Cameroons est préoccupant pour le Président AHIDJO. Il était donc opportun pour le Président AHIDJO de choisir des émissaires en vue d'expliquer le point de vue du gouvernement camerounais à certains Chefs d'Etat africains qui n'avaient pas assez de contacts directs avec le Cameroun F.L. OYONO donne les raisons de ces différentes rencontres :

`' ... on devait leur faire comprendre qu'il s'agissait d'une prise de position sur laquelle s'est réalisée l'unanimité des Camerounais...»

Avant de se rendre à New York en passant par Paris pour clore cette mission, Marcel Bebey EYIDI et Ferdinand OYONO devaient se rassurer d'un soutien de certains de leurs proches d'Afrique, en rencontrant des Chefs d'Etats qui devaient donner des instructions à leurs représentants aux Nations Unies, où, à la fin du mois de mars, le débat sur la question du référendum au Cameroun du Nord devait se tenir.

Les plébiscites dans les deux parties du Cameroun septentrional et méridional eurent lieu les 11 et 12 février 1961, donnant les résultats suivants :

Au Cameroun méridional, 70,49% de votants choisirent le rattachement du territoire au Cameroun francophone. Tandis qu'au Cameroun septentrional, une bonne partie soit 59,97% choisit la solution de l'union à la fédération nigériane. La journée du 12 février fut déclarée journée de deuil national.

Malgré les multiples démarches du gouvernement Camerounais auprès des chefs d'Etats étrangers ou de la C.I.J, pour dénoncer la mauvaise organisation dudit plébiscite, rien n'y fit.

Le diplomate camerounais, au cours de ce premier passage à l'ONU, n'a pas été aux avant-postes de toutes les questions qui se sont posées ici; Il faut se souvenir d'un autre dossier qui a vu l'implication de son pays: la question de l'apartheid.

- La question de l'Apartheid


     C'est au cours de l'an 1969 que le Cameroun définit clairement sa position vis-à-vis du régime raciste d'Afrique du sud ; Ferdinand OYONO est alors nouvellement accrédité auprès du gouvernement Parisien.

La majorité de la population constituée de Noirs, est victime de ségrégation raciale de la part des Blancs. Bien que n'ayant pas été aux avant-gardes de ce problème, Ferdinand OYONO a néanmoins contribué à faire connaître que la position du Cameroun était en conformité avec les principes fondamentaux définis par le Manifeste de Lusaka. En effet, en 1969 au Caire, le Cameroun signait ce document relatif à l'Afrique Australe et, en sa qualité de Président en exercice de l'OUA, S.E. Ahmadou AHIDJO devait présenter ce texte au cours de la Vingt quatrième session de l'Assemblée générale des Nations Unies le 8 octobre 1969.

Selon l'esprit du manifeste de Lusaka, aucun dialogue n'était possible entre l'Afrique indépendante et le régime raciste de Pretoria. Cette position devait demeurer inchangée tant que les droits de la majorité noire vivant dans ce pays continuaient à être bafoués par la minorité blanche qui poursuivait sa domination. En revanche, le manifeste de Lusaka accordait une primauté aux dialogues entre Blancs et Noirs de chaque territoire d'Afrique Australe.

Comparée à la démarche de la Côte d'Ivoire et de quelques pays francophones engagés vis-à-vis de l'Afrique du sud dans une politique de dialogue, la position du Cameroun est indiscutablement plus ferme. Ce qui permet de comprendre le rôle important des diplomates camerounais dans la prise des décisions du président Ahidjo, prise de décision ayant déterminé souvent celle de l'ensemble composé de pays appartenant à la mouvance française.

 

 

 

 

 

 

 

 


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